Mercredi 7 mai 2008
















                 Un beau jour de printemps qui ressemble à l'été, un jour idéal pour aller à la rencontre de Dalida dont le nom malgré le tragique et la solitude évoque la vie et le soleil. Je passe par les vignes de Montmartre, reliquat d'un vignoble qui du temps des Abbesses dévalait les pentes et occupait un vaste espace aujourd'hui loti. Il fournissait un petit vin de bon renom qu'on appelait Goutte d'or et qui a donné son nom à un quartier populaire de Paris non loin de là. Je pense à Pascal, un ami du Beaujolais, grand admirateur de Dalida et qui apprécierait certainement ce rapprochement entre le vin et l'artiste. D'ailleurs la dernière cuvée fut baptisée Cuvée Dalida !




































































     Nous voici Place Dalida, une très jolie petite place ombragée située à quelques centaines de mètres de sa maison. Un buste un peu sévère regarde passer sans le voir un groupe d'enfants. Ce buste commence à faire l'objet d'un véritable culte de la part d'adultes qui caressent les seins de bronze. Il y a ainsi, ici et là de telles vénérations : le pied de Saint Pierre à Rome et dans l'église de Montmartre, le sexe de Victor Noir au Père Lachaise... Les seins de Dalida. Ces dernbiers me paraissent et de loin mériter plus que les autres un tel hommage !






































       Je prends la rue Girardon et sur le chemin j'accepte le salut de Marcel Aymé qui en hommage à son Passe-Muraille ets représenté, traversant les murs. Il semble venir de la nuit et de la mort où il repose et n'avoir pas la force de faire le dernier pas qui le projetterait parmi nous. Je remarque que sa main a reçu elle aussi bien des caresses... Je l'ai moi-même saisie et j'ai cru un moment que ce petit coup de main l'aiderait à se dégager de ce vilain mur...


































             J'arrive rue d'Orchampt, de vant la maison de Dalida. Elle l'aima ce refuge qu'elle avait choisi au plus haut de la butte et qui ouvre ses fenêtrtes sur Paris tout entier. Sur les six étages, Dalida en réservait trois à ses amis qu'elle aimait recevoir et qu'elle aurait voulu regrouper comme une grande famille dans ce "village" qu'elle avait élu.

















































    Je descends la rue Lepic et j'arrive très vite au cimetière de Montmartre la dernière demeure de Dalida. Elle y est représentée debout, les yeux clos sur elle même, fermés à la lumière du jour mais comme ouvertzs  sur un monde plus vaste et plus lumineux. Le soleil qu'elle ne voit plus, ce soleil d'Egypte où elle est née, semble irradier d'elle même. Un coeur de fleurs blanches a été dépopsé à ses pieds... Il n'est pas si loin ce jour de mai où Dalida décida de mettre fin à ses jours. Aujourd'hui le soleil et les fleurs viennent lui dire qu'on ne l'oublie pas. 
par chriswac
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Lundi 5 mai 2008

              J'ai quitté Montmartre pour aller passer quelques jours dans une petite commune de l'île d'Oléron : Le Grand Village Plage. Ce n'est pas un village, ce n'est pas grand mais il y a vraiment une plage! Si vous ne connaissez pas l'île d'Oléron, je voudrais vous inviter à y venir le plus vite possible, avant que ne soit parachevé l'enlaidissement irrémédiable et le saccage d'une île qui fut en son temps sauvage et belle. Mois après mois (et cela depuis la construction du viaduc de sinistre mémoire), les terrains se lotissent, les campings prolifèrent et bientôt  il y aura plus de mobil homes que d'arbres sur cette langue de terre. Les mobil homes s'étendent comme une maladie de peau...ils sont partout, avec leurs pots de geranium, leurs nains de jardinets, leur barbecue, leur antenne satellite, leurs petits chiens aboyeurs et leurs heureux propriétaires gobeurs d'huîtres. Ne crions pas haro sur le mobil home...il n'est pas le seul responsable de la catastrophe. Voyez comme se multiplient les maisonnettes charentaises, toutes semblables, toutes blanches ou ocres avec leurs volets bleus ou en plastique... Voici donc Le Grand Village Plage. Jadis quelques maisons serrées en colimaçon, avec de jolis noms de rues : passages des îles, rue des saulniers, rue du roulier... Dieu merci, elles sont toujours là et quelques unes sont même habitées par de vrais habitants...toute l'année...


  




Un escalier tout à fait typique à Petit Village, commune de Grand Village (il n'y a pas encore de Moyen Village, ni de Géant Village ni de Mini Village, mais étant donnée l'originalité des noms, cela ne saurait tarder).




La Chapelle Saint Joseph prétendue du XVIIIème siècle mais en fait très XIXème. Elle ne présente aucun intérêt sinon d'être minuscule et d'avoir été jadis plantée au milieu des champs. Elle est aujourd'hui cernée de lotissements. Signalons pour être justes que l'intérieur est décoré de fresques récentes de Murat, peintre local qui a représenté avec fraîcheur et idéalisme son île telle qu'elle avait dû être avant le désastre. Vous remarquerez le grand art du photographe qui a su donner l'impression de nature exubérante. Méfiez-vous des cartes postales...





Au coeur du village, voici un émigré heureux..LE PALMIER. Bien protégé des vents du nord et de l'ouest, il s'épanouit avec le sourire. D'ailleurs, vous remarquerez assez vite qu'en général les sourires ne sont pas charentais. Si vous rencontrez d'aimables personnes, elles ont toutes les chances d'être des émigrées des autres provinces.








Ah ! La belle maison ! Remontée pierre à pierre pour les touristes au coeur de la commune, juste à côté de la mairie. L'été de magnifiques fêtes s'y déroulent avec chorale locale, dégustation de moules et danses folkloriques. Ah ! le cri des milliers de moules vivantes jetées sur un lit d'aiguilles de pin embrasées et qui se mettent à gueuler de toutes leurs coquilles ouvertes!!!






  Bon, vous aurez assez vite fait le tour du vieux village qui est de loin ce qu'il y a de plus authentique en cette contrée et vous trainerez vos tongs vers la forêt et les villas modernes, toutes ressemblantes, avec garage, portail électronique et alarme contre les voleurs. Vous pourrez visiter le cimetière qui n'a d'intérêt que si vous y connaissez quelqu'un à qui faire un brin de causette. Vous pourrez visiter le centre commercial, le Super U où l'on fait toujours la queue, hiver comme été. C'est d'ailleurs une des principales curiosités de Grand Village : comment provoquer des queues aux caisses alors qu'il n'y a que trois tondus, deux pelés et un chevelu dans le magasin. Mais j'ai pitié de vous et je vais vous entraîner dans la forêt. Attention, ni le jeudi ni le lundi comme l'annoncent les panneaux car des chasses peuvent être "en cours". Donc il y a en cet endroit des individus, de forme humaine qui prennent leur pied en tuant des bestioles. Je suggère qu'on arme les sangliers et les chevreuils afin qu'ils puissent riposter. Je présume qu'il y aura alors beaucoup moins de Rambos, de Supermen, de Zorros flingueurs sous le ciel de cette commune.





Donc en dehors des périodes de chasse, vous découvrirez une belle forêt qui s'étend sur plusieurs kilomètres et où le printemps affole les genêts. Si vous aimez le VTT, alors vous y serez heureux car c'est l'un des rares endroits où l'on peut rêvasser loin des foules balnéaires. La forêt qui a beaucoup souffert des grandes tempêtes échappe pour l'instant à la boulimie des promoteurs.






Voici une des pistes qui sillonnent la forêt et qui vous permettra d'aller de Grand Vilage à Saint Trojan, le Saint Tropez local, toutes proportions gardées. Si vous avez un cadeau à faire à une jolie gazelle, arrêtez votre bécane sur le port et entrez dans la cabane "Retour de Plage" où une très sympathique Martine crée des bijoux de fantaisie originaux et abordables.






    Et maintenant il faut bien arriver à la plage... Pas de manne financière sans ce rivage tant recherché. Il faut y accéder, à pieds, à vélo ou en voiture. Vous ferez 1km5 , ce qui use les souliers si vous voulez marcher. Si vous prenez la piste cyclable, vous passerez votre temps à branler la sonnette, car il y a tant de familles, poussettes, fauteuils roulants, bateaux gonflables sur la piste que pédaler sans écraser un pied, renverser un enfant, heurter un chien, désarçonner un autre cycliste reste un exploit. Enfin si vous ne pouvez abandonner votre voiture, ATTENTION. Il n'y a que quelques places de parking et la route se trouve assez vite encombrée de chauffeurs qui vont, viennent, poireautent, s'énervent, finissent par débarquer femme, enfants et belle mère, avant de revenir en maugréant sur le parking de super U. Certains jours une grille gardée par la police municipale interdit tout accès au rivage sacré.

 


Et pour terminer je choisis cette photo de la Grande Plage qui est magnifique hors saison. J'aime cet homme et son chien qui passent dans cette immensité indifférente. L'été le rivage est noir de monde et il faut marcher longtemps pour trouver son espace vital. Il faut aller au delà de la plage naturiste (mais pourquoi il n'y a que des vieux à poil ?) vers les Allassins et les blockhaus de Vert-Bois. Mais la mer est superbe; les vagues infatigables, le ciel capricieux, les cailloux envahissants, les puces de sable horripilantes, les méduses médusantes.
Bonnes Vacances Au Grand Village Plage !!!
par chriswac
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Samedi 19 avril 2008
   Je voudrais vous présenter un poète qui au temps de sa jeunesse folle fréquenta Montmartre et connut quelques un des écrivains et des peintres qui aimaient se rencontrer et user les longues soirées de printemps et d'été à boire, fumer, polémiquer, recréer le monde et lancer des phrases et des idées comme des fusées de détresse ou des grenades.






















   Je ne vous parlerai pas aujourd'hui de son histoire, de sa tentative après la défaite et l'avénement de Pétain de rejoindre l'Angleterre en volant un avion (celui de son colonel !)  ni de son crash dans les vignes du Médoc. Ses compagnons plus habiles ou plus heureux intégreront pour la plupart l'escadrille Normandie-NiemenNon, j'aimerais simplement vous proposer la lecture de deux de ses poèmes. Le premier, il l'a écrit alors qu'il avait à peine 20 ans et qu'il rêvait, dans sa ville bourgeoise d'Arras, d'envol libre et de grands espaces, avec déjà, bien ancré en lui, le sentiment de l'éphémère et du temps dévoreur.

                               Visages

     Je mélange et je bats ainsi qu'un jeu de cartes
     des visages figés que j'ai connus jadis.
     L'épicier de ma rue avait des cheveux gris
     il avait accroché dans sa chambre une carte
     d'Air France et son salon était bourré d'atlas.
     Il savait des pays que nous ne savions pas
     longtemps nous l'écoutions immobiles et sages
     dans l'arrière boutique aux vitres dépolies
     qui ressemblait à la cabine d'un navire.
     Odeur du thé, Ceylan et dattes de Palmyre
     Epices et marées, Sénégal Oubangui,
     Et quand il mourut, on apprit
     que ce grand voyageur n'était jamais parti.

     Elle est morte elle aussi la vieille "vieille fille"
     qui m'offrait des bonbons et m'embrassait parfois.
     Ses yeux bleus reflétaient des horizons tranquilles,
     Elle ne regardait en cousant que ses doigts.
     Etait-ce indifférence ou douloureux regrets
     Ou bien revivait-elle au loin par la pensée
     dans la refloraison de ses fièvres passées
     ce qui aurait pu être et n'avait pas été ?
     Dans un tiroir au bois usé
     des lettres d'amour se fânaient
     en petits paquets ordonnés
     que des rubans roses nouaient.

     Fillette aux cheveux blonds je vous ai bien aimée
     O naïve fraîcheur des premières amours
     quand on croit pour de bon qu'on s'aimera toujours.
     Sous mes baisers vous frissonniez
     et vos joues ressemblaient à des pommes d'amour.
     Fillette aux bras légers
     sur nos étés il a neigé
     Vous souvient-il de nos serments
     et de nos étreintes d'enfant ?
     Les hirondelles se croisaient
     la cloche à l'église tintait
     nos coeurs à son rythme battaient
     Je n'ai plus retrouvé de semblables baisers.

     C'était un très grand homme au parfum de lavande
     de vieille pipe et de bruyère
     qui connaissait bien des légendes
     et les contait comiquement
     en faisant cligner ses paupières.
     Sa barbe poussait rude et jaune
     elle était comme un champ de chaume
     quand le faucheur a moissonné.
     Il m'apprenait à braconner...

     Encor d'autres visages
     et puis d'autres encor
     comme des paysages
     paraissant sous mes yeux
     portraits jaunis et vieux...

     Je mélange et je bats, mais il manque des cartes
     Destin joueur et fol où les as-tu perdus
     ces visages brouillés qu'on bat comme des cartes
     Visages d'autrefois qu'êtes-vous devenus ?


   



















   Cet homme-là n'était pas fait pour la vie familiale et rangée. Il eut poutant sept enfants. Il ne connut jamais la haute mer mais passa sa vie professionnelle dans un bureau parisien. Après avoir écrit deux recueils : Sur fond de Gueule et  Le Passeur de Nuages, il continua dans l'espace de liberté que sa vie lui concédait à créer et à mettre en mots ses désirs et ses désillusions. Le deuxième poème que je vous propose, il l'a écrit un soir de solitude et l'a envoyé à ses enfants comme une bouteille à la mer.


                                   A mes enfants

     Inéluctablement avec le crépuscule
     Je vois autour de moi s'insinuer la mer,
     Submergeant lentement d'ombre et de ridicule
     Epaves et déchets et souvenirs amers.

     Seul et sans le secours de tous ceux que j'aimais,
     J'attends l'enlisement préludant au naufrage
     Tandis qu'à mes pieds l'eau vient signer sur la plage
     Le destin que jamais je n'ai pu dessiner.

     Ah! que soudainement tout devient dérisoire
     Quand on croit voir au ciel un peu d'éternité,
     Quand la mer sourdement vient noyer la mémoire
     Mêlant à ce qui fut ce qui n'a pas été.

     C'est le temps où la solitude
     Se fait douce au coeur fatigué
     Où l'on cesse d'être Latude
     Où meurt l'envie de s'évader.

     Le temps des rendez-vous perdus
     A guetter ceux que l'on espère
     Ceux qu'on aime ne viennent plus
     Viennent ceux qui nous indiffèrent.

     Le temps où ressurgit l'efance
     Sans les espoirs qu'elle portait
     Où prisonnier de l'impuissance
     Il faut apprendre à s'accepter.

     C'est le temps de la nuit des temps
     Que les ans lentement délaissent,
     Où l'on n'a, marcheurs hors d'haleine,
     Plus le temps de perdre son temps.

     Enfants tant bien aimés, poucets que j'ai perdus
     Dans les rets de la nuit, les chemins de traverse,
     Saurez-vous pardonner au vieux berger fourbu
     Qui dans tous vos chagrins bien malgré lui vous laisse ?

     Faites que son amour, comme fit Véronique,
     Se grave dans vos coeurs en un reflet unique,
     Que sa prière à Dieu soit votre sauf-conduit
     Inscrit avec ces mots qu'à vous il n'a pas dits.

    Comme l'albatros de Baudelaire tombé sur le plancher,  il est aujourd'hui dans une maison de retraite où un rongeur sinistre s'attaque à sa mémoire.
     Je voudrais te dire que je t'admire et que je t'aime, mon père.


par chriswac
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Vendredi 18 avril 2008


















 Avant de partir pour les vacances de printemps pour aller explorer les îles charentaises (sans doute moins aventureuses que Bornéo ou Sumatra) je m'offre une petite balade dans le marché Saint Pierre au pied de la butte. Cette photo est prise du 4ème étage du magasin Dreyfus. Elle permet de voir le toit de la halle, les jardins, le clocher de St Pierre qui paraît minuscule à côté de l'opulente basilique.




















  Un petit rappel historique afin de mieux connaître cet endroit où se côtoient femmes d'intérieurs (ou hommes) soucieux de rénover leur home, sweet home, costumiers de théâtre, créateurs de revues et amateurs de carnavals. A l'origine, il y a cette halle de fonte et de briques qui sert de marché à tout le quartier. Marché traditionnel où l'on trouve fruits et légumes, viande et fromages. Deux commerçants, Armand Moline et Edmond Dreyfus venaient vendre des tissus sur les trottoirs à proximité de la halle.



















  Les deux homme arrivaient de Levallois avec leur charrette surchargée de coupons. Leur commerce marchait assez bien et lorsqu'une loge de concierge fut à louer à proximité, ils eurent l'idée d'y stocker leurs tissus.


















  Quand des terrains furent à vendre dans les années 20, Dreyfus est acheteur et fonde la célèbre enseigne en accaparant le nom même de marché Saint Pierre. Aujourd'hui la famille n'est plus propriétaire mais le nom est comme un label et reste fiérement accroché à la façade. C'est un beau nom de France dont les lettres se détachent sur le ciel du Sacré Coeur et rappellent une époque que l'on espère tout à fait révolue où des catholiques français s'acharnèrent, au nom de l'honneur de l'armée nationale contre ce capitaine homonyme qui incarne aujourd'hui la probité et l'innocence bafouée.















  Assez rapidement, d'autre marchands vinrent s'installer. Le succès fut considérable car les prix étaient plus qu'avantageux. En effet, la plupart des tissus provenaient de fins de série ou de surstockage d'usine.















  Aujourd'hui vous jouirez d'une promenade colorée entre strass, paillettes et rideaux en arpentant les quelques rues qui composent le marché. Vous descendez au métro Anvers et prenez la rue de Steinkerque qui monte vers le square Louise Michel, au pied du Sacré Coeur. La 1ère rue à droite est la rue d'Orsel où vous trouverez de nombreuse boutiques de taille assez modeste.
















  Vous arriverez rue Livingstone,  Place Saint Pierre, avec la plupart des enseignes célèbres : Reine, Moline, Dreyfus.















  Vous découvrirez d'autres enseignes qui pourront vous faire sourire, comme celle-ci qui fait allusion peut-être à un certain Arsène et qui rappelle en jouant sur les mots la proximité de la Basilique!

















Si vous voulez participer au Carnaval de Rio, poussez la porte de cette boutique rue Picard. Vous y serez accueilli par un sourire qui vous donnera envie de tout dévaliser !
 


















  Et maintenant bonnes vacances à tous et bonne balade dans le marché des couleurs !
par chriswac
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Mercredi 9 avril 2008
















  Une deuxième visite de cette église qui pour moi est la plus belle de Paris (je ne cherche pas à être objectif puisque je suis montmartrois). Avant de quitter le XVIème siècle, mentionnons la rumeur qui n'a cessé de ronronner sur la butte. Lorsque Henri IV fit le siège de Paris et campait avec ses troupes sur les hauteurs de Montmartre, il aurait fréquenté assidument l'abbesse dont la beaut était de notoriété publique. Elle était la petite nièce de Catherine de Clermont et n'avait que dix-huit ans lorsqu'elle devint abbesse. Le Vert Galant aurait obtenu ses faveurs et aurait avec ses hommes transformé le couvent en maison de plaisirs. Il est vrai qu'à l'époque toutes les vocations n'étaient pas de bon aloi et pour ne parler que des moines, Rabelais n'écrit-il pas qu'il suffisait à une femme de passer à l'ombre d'un monastère pour tomber illico enceinte!
Au début du XVIIème Une abbesse de grand renom dirige l'abbaye. C'est Marie de Beauvilliers qui restaure la discipline et redonne à l'institution un grand rayonnement. La chapelle des martyrs devient un lieu très achalandé. Les pèlerins s'y précipitent depuis que des ouvriers en y faisant des travaux ont découvert une crypte qui aurait été une chapelle des premiers chrétiens de la région et où Saint Denis en personne aurait dit la messe. Un prieuré est construit. La partie haute de l'abbaye qui commençait à se délabrer est abandonnée au profit de la partie basse. Entre les deux partie fut construite une allée couverte qui dévalait la butte sur plus de 400mètres ! C'est la princesse Françoise de Lorraine de Guise qui est alors abbesse. Citons parmi les abbesses qui se succéderont, Marguerite de Rochechouart, grande érudite qui parle le latin, le grec et qui est rrès versée en philosophie. N'oublions pas Emilie de la Tour d'Auvergne et Catherine de la Rochefoucauld. Les piétons de Paris retrouveront leur nom en arpentant les rues depuis la place des Abbesses jusqu'au IXème arrondissemrnt un peu plus bas, en traversant le boulevard de Rochechouart.











Pierre tombale dans l'absidiole du baptistère


 











La façade de l'église rue du Mont Cenis, face à la place du Tertre. Cette façade un peu plate est sans inspiration date de la fin du XVIIIème siècle





Mentionnons enfin la dernière abbesse de Montmartre : Marie-Louise de Montmorency-Laval. En 1789, les révolutionnaires pensant qu'il y avait des armes dans l'abbaye projettent de l'attaquer. Après quelques péripéties, l'abbesse qui s'est enfuie et se cache à Bondy est dénoncée (tradition bien française) arrêtée et transférée à la Conciergerie. L'abbesse, vieillie est devenue sourde et aveugle. Elle est jugée par le tribunal révolutionnaire. Fouquier-Tinville ne pouvant recevoir aucune réponse de cette femme dictera au greffier une phrase devenue célèbre et qui n'honore pas son auteur :" C'est bon, c'est bon, écrivez qu'elle a conspiré aveuglément et sourdement." Elle est conduite place du Trône (aujourd'hui place de la Nation) où  elle est guillotinée avec quinze autres religieuses. Elles chanteront jusqu'à ce que tombe la dernière tête. Elles sont enterrées au proche cimetière de Picpus où vous pouvez voir leurs tombes.
L'abbaye est vendue comme bien national; elle est complètement détruite et démontée pierre à pierre; Il ne subsiste que l'église paroissiale qui devient pour quelques année "Temple de la Raison" et qui lorqu'elle retrouvera son usage cultuel gardera le nom de Saint Pierre aux dépens de Saint Denis qui était pourtant le saint patron de la paroisse de Montmartre.

















Franchissez la grille et découvrez la façade assez banale, ornée de portes de bronze qui ont été offertes en 1980 par le sculoteur Tomasso Gismondi. Vous voyez sur la photo la porte Notre-Dame. La porte centrale est consacrée à Saint Pierre et la porte de gauche à Saint Denis. Les vantaux sont à lire comme des vitraux. Le premier en bas à gauche représente l'annonciation, le deuxième en bas à droite : la nativité. Il suffit de les regarder en montant : le 3ème représente les noce de Cana, puis  Jésus rencontrant sa mère; le 5ème : Jésus en croix puis la déposition de croix. Le 7ème la Pentrecôtre et le dernier l'Ascension. Chacun appréciera selon son goût et sa sensibilité ces sculptures modernes qui semblent avoir connu l'usure du temps et font penser à des figures de glaise mal dégrossies.




Le dernier vantail de la porte de Saint Pierre (le martyre)


















Le troisième vantail de la porte de Saint Denis (Denis arrive à Paris).








  
A gauche de la cour d'entrée s'étend le cimetière du Calvaire où sont enterrées quelques personnalités comme Pigalle ou Bougainville. On ne peut visiter le cimetière qu'une fois par an à la Toussaint. La grille de Gismondi qui le sépare de la cour ne manque pas de force. Elle représente la Resurrection.
















Les vitraux ont été réalisés par Max Ingrand dans les années 50. Ils représentent le Christ, St Pierre, St Denis ainsi que d'autres saints vénérés sur la butte. Quelques uns (dans les absidioles ont un décor végétal). Ils sont de couleurs vives avec des rouges  vibrants.











Chapelle du Saint Sacrement.












Saint Benoît, Saint Ignace. Transept sud.

















Saint Pierre et le coq (choeur)






Parmi les assez belles réussites dans le mobilier contemporain religieux, on peut citer l'autel de cuivre émaillé de Froidevaux consacré en 1977. Pour une fois, la tendance minimaliste et misérabiliste a été abandonnée au profit d'une oeuvre qui puise son inspiration à la fois dans un passé médiéval où l'on réservait l'or et les pierreries aux objets liturgiques les plus sacrés et aux formes contemporaines stylisées et dynamiques.















La face principale représente la vigne de Montmartre, les maisons et les moulins. Le symbolisme y est clair et inclut Montmartre dans le mystère eucharistique du pain et du vin.

















Sur une des faces St Pierre est représenté avec ses inévitables clefs mais sans son gallinacé chanteur. St Dominique a lui aussi l'honneur d'un côté de l'autel pour des raisons familiales... Une tante des donateurs, soeur Marie Solange était en effet dominicaine.
 Dans le choeur vous pourrez découvrir plusieurs toiles de valeur. Un tableau assez impressionnant dû à José Ribera (début du XVIIème). C'est une descente de croix très sombre où le visage douloureux de la mère apparaît au dessus du corps supplicié du fils qui semble appuyé contre elle et dont les bras sont comme les ailes d'un oiseau blessé mais tentent de s'ouvrir encore pour accueillir les hommes.
 Un immense tableau de Parrocel (1750) représente Jésus au jardin des oliviers. Il est composé de trois parties : en bas, dans l'ombre les disciples endormis; au centre le Christ face à un ange qui lui tend les bras et au-dessus, dans la lumière la croix du supplice portée par des angelots.



















                                                                          











 Une autre toile représente le reniement de Saint Pierre par le Guerchin (début XVIIème). Pierre se chauffe les mains à un brasero et refuse de suivre la direction indiquée par le doigt de celle qui l'accuse, tandis qu'un soldat  pose la main sur son épaule. Cette attitude du saint qui semble préférer le confort de cette chaleur à l'héroïsme auquel l'invite l'homme en armes, attitude bien compréhensible et humaine nous interpelle aujourd'hui où tout engagement pour plus de justice et de fraternité implique que l'on abandonne ses pantoufles et son brasero! Et pourtant nous ne risquons pas d'être crucifiés la tête en bas...

















Une dernière toile de moindre facture, d'un artiste anonyme représente une flagellation. Elle est un peu gesticulatoire; seule la tunique rouge qui annonce le supplice donne un peu de force à l'ensemble et au Christ qui jette un regard de côté et se demande ce qu'il fait dans ce mauvais film.
 

















     Et maintenant  à vous de découvrir cette église à l'histoire mouvementée mais qui reste imprégnée de prières et de chants. Il est agréable de quitter l'agitation touristique du quartier pour s'y asseoir un moment et écouter le murmure des pierres.
par chriswac
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Mercredi 2 avril 2008
Le mot de cliché convient tout à fait au Sacré Coeur. Clichés les photos obligées et stéréotypées que tous les touristes se doivent d'enregistrer, clichés les appréciations négatives sur le monument, clichés les jugements sans appel : c'est une horreur, c'est du plus parfait mauvais goût, c'est plouc et archi plouc.                    
 

     Il y a toujours eu de tels jugements sans appel sur les monuments parisiens. Sans remonter au Moyen Âge, il suffit d'évoquer la Tour Eiffel par exemple qui fit hurler les gens de goût qui n'avaient qu'une hâte : voir venir la fin de l'exposition universelle et le démontage du mécano. Il fallait un poète comme Apollinaire pour écrire : "Bergère, ô Tour Eiffel, Le troupeau des ponts bêle cfe matin..."

L'Opéra Garnier connut le même dédain et fut longtemps considéré comme archétype du clinquant et de l'esbrouffe du style Napoléon III. Plus près de nous Beaubourg déchaîna des torrents d'hostilité et de dénigrement; torrents qui ne sont toujours pas taris. Le Sacré Coeur, lui, fut dès sa construction considéré comme un gros tas, une laiterie, une hideuse verrue sur le ciel de Paris. L'engouement populaire donnait raison aux gens de goût qui ne pouvaient qu'être une élite.


Effectivement le monument inspira une surproduction de cartes postales d'une esthétique discutable mais qui avec le temps prennent une petite saveur kitch et rétro que quelques branchés appelleront "vintage"! L'origine même de la basilique reste un peu glauque. Nous sommes après la guerre de 1870, la défaite très lourde devant les Prussiens; nous sommes surtout après la grande révolte de la Commune et l'écrasement sanguinaire du mouvement populaire. Une institutrice de Montmartre en fut une figure héroïque, Louise Michel, dont le nom a été donné au square qui s'étend au pied du Sacré Coeur.



 Tous les malheurs de la France viendraient selon certains de la désaffection religieuse, des errements philosophiques et moraux. Nous serions punis parce que licencieux et amoraux! Vite il fallait se repentir, construire un monument expiatoire pour bien montrer que nous désirions retrouver notre statut de "Fille Aînée de l'Eglise". On cite parmi les initiateurs du projet Alexandre Legentil et Hubert Rohault de Fleury.



L'historique de la construction n'a que peu d'intérêt, signalons seulement que l'Assemblée Nationale en personne vote une loi qui déclare la Basilique d'utilité publique! Signalons aussi qu'une vaste collecte est organisée dans toute la France et qu'en fonction du don que vous aviez consenti, vous aviez votre nom gravé sur les pierres blanches de l'édifice. Il faut croire que les paroles évangéliques "que ta main gauche ignore ce que donne ta main droite" (citation approximative?) n'avait pas cours en cette fin de siècle.

En tout cas, la construction est lancée dès 1875 et commence par les travaux de consolidation du sous sol. Le terrain est en effet instable et il faut creuser des puits que l'on comblera et qui serviront de piliers d'assise au monument.  Tout est terminé avant la guerre de 1914 mais la consécration ne pourra avoir lieu qu'après cette dernière. Lors des bombardements de 1944, les vitraux exploseront et devront être refaits. Je pense à une vieille amie arménienne qui habitait rue Müller avec toute sa famille, enfin ceux de sa famille qui avaient échappé au génocide perpétré par l'armée turque et qui par miracle vit atterrir sur son lit une bombe qui resta intacte, peut-être émue par les malheurs qu'avait déja subis ces Arméniens...
La carte postale ci dessus est une "vision" de l'église, alors que l'érection n'a pas commencé. Elle donne une image étrange et peu fidèle de ce que sera en réalité le monument.


La basilique est aujourd'hui incontournable et fait partie du circuit touristique obligatoire qui passe par la place du Tertre et les vignes. Peu de visiteurs ont l'idée d'entrer dans la petite église paroissiale de St Pierre qui recèle des trésors et que je vous inviterai à visiter prochainement. Rien ne vous empêche cependant de déambuler à l'intérieur de la basilique, de scruter l'immense mosaïque dont certains détails sont assez beaux et représentent les saints de France. Vous aurez aussi l'occasion d'entendre le déluge du grand orgue qui est un Cavaillé-Coll.


Cette carte postale montre à quel point le réalisme n'était pas de mise! Elle est colorisée n'importe comment et ne rend en rien le chatoiement de la mosaïque qui est bleue et dorée. Les pierres elles mêmes n'ont pas ce jaune douteux mais elles sont blanches et nettes lorqu'elles ont été débarrassée de la fumée des cierges qui brûlent par milliers.

Et pour revenir à notre début sur les clichés, je dois avouer que pour moi le Sacré Coeur est plus qu'une grosse église. Il a un côté naïf qui plaît aux peintres du dimanche et
qui me touche  lorsqu'on le découvre avec ses jardins qui semblent défier la perspective et s'élever à l'horizontale avec ses petits personnages accrochés aux pelouses. On se croirait dans un tableau qui ignorerait la perspective.


Enfin, quand vous déambulez dans les ruelles de Montmartre, il surgit soudain, dans la lumière bleue du matin ou la lumière rose des soirs de vent comme un mirage, une ville byzantine venue des rives du Bosphore pour faire tourner ses coupoles dans le ciel parisien. Sur cette photo, à gauche vous voyez les galeries Dufayel (aujourd'hui la toiture a été rasée mais il reste heureusement le porche monumental surmonté des sculptures de Dalou) et à droite le campanile en construction.



Et pour terminer quelques photos prises aujourd'hui de mes fenêtres, avec un rayon de soleil sur les coupoles, et pour la dernière photo une partie de l'immeuble des galeries Dufayel, l'angle sur la rue de Clignancourt et la rue Christiani. C'est là qu'habita Aristide Bruant jusqu'à sa mort, lui qui déplorait la construction de grands immeuble sur les contreforts de la butte. On pense à Frehel : Des m'aisons d'six étages, ascenseur et chauffage ont couvert les anciens talus, le  P'tit Louis réaliste, est dev'nu garagiste et Bruant a maint'nant sa rue...






Mais laissons le dernier mot à Bruant qui avait l'art des mots et qui dans sa chanson "Ma Rosse de Gosse" écrit :


Ma Rosse de Gosse
Y a déjà pas mal de temps
Quand alle avait sept ou huit ans
A d'meurait su' la plac' du Tertre
Tout là haut, à Montmertre
A s'épanouissait, en sautant
Au pied du Sacré-Palpitant...








Je vous envoie un grand bonjour depuis le Sacré Palpitant!
par chriswac
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Lundi 31 mars 2008

Aujourd'hui, il fait un temps gris hivernal sur la butte où je décide d'aller saluer un vieux copain, le chevalier de la Barre, installé depuis quelques années à deux pas du Sacré Coeur.













Non, ce n'est pas lui. Enfin, ce n'est plus lui. Cette statue a été déboulonnée et fondue. Elle avait pris place presque en face du Sacré Coeur, comme une réponse laïque à l'érection de l'énorme basilique payée en partie par la bourgeoisie que l'écrasement de la Commune avait rassurée. Notre pays restera formidable tant qu'il sera possible de faire cohabiter de tels symboles et de donner à la rue qui contourne la basilique le nom d'un jeune homme torturé pour sa libre pensée et son impertinence. Imaginez qu'on donne aux rues qui mènent aux mosquées le nom des caricaturistes!!!











 Sur le chemin, je rencontre cet étrange personnage transformé en statue pour intriguer les touristes mais dont la fleur offerte est bien vivante.













 A l'entrée du petit square, une fontaine Wallace semble tourner comme un manège. Une des cariatides s'est peint le visage pour jouer les Pierrot le Fou. Notre chevalier est à deux pas de là sur son socle de pierre, il nous tourne le dos, le visage vers l'église blanche. Remarquez sur la droite, une cabane pour les oiseaux. Ainsi, notre chevalier est-il environné d'oiseaux parisiens, comme autant de saints-esprits laïcs.

 

 














   Bon d'accord, ce sont plutôt des pigeons dodus qui auraient tendance à laisser tomber quelques décorations sur les pierres immaculées.



















Et le voilà, celui que je suis venu voir aujourd'hui. Il a retrouvé une statue, placée un peu plus en retrait que l'ancienne mais qui rend justice à sa jeunesse et à son assurance. Son histoire est bien connue et tient une place de choix dans le florilège de la bêtise et de l'intolérance. En ces jours où les intégrismes de tout poil s'ébrouent dans notre démocatie, elle résonne comme un avertissement. Nous sommes en Picardie, en 1765, le crucifix ornant le Pont-Neuf d'Abbeville a été tailladé. Scandale chez les bonnes gens. On ne s'interroge pas pour savoir si des ivrognes en goguette, ou simplement les montants d'une charrette ont pu être cause de la dégradation. On cherche un coupable. En chaire, les curés appellent à la délation.











     Et comme toujours, ces appels ne restent pas sans réponses. Il y a de braves gens pour écrire, dénoncer, faire oeuvre de salubrité publique. On se rappelle que trois jeunes hommes, un certain jour de juillet, ont refusé de saluer une procession du Saint Sacrement. L'un d'eux a gardé son chapeau vissé sur la tête alors que la foule alentour était agenouillée, tête découverte, en signe de respect et d'adoration. Ils furent donc recherchés. L'un d'eux s'enfuit, l'autre était trop jeune, le troisième fut arrêté. Il avait 19 ans et s'appelait chevalier de la Barre.

















    Il possédait en outre des livres interdits comme le Dictionnaire Philosophique de Voltaire. Un procès inique eut lieu qui ne respectait même pas les lois en vigueur. Le jeune homme fut torturé, soumis à la question. le 1er juillet 1766 il eut le poing coupé, puis la langue arrachée. On le décapita. Il ne ramassa pas sa tête comme l'aurait fait St Denis pour dévaler les pentes de la butte. Non. Il fut jeté au feu avec elle. On n'oublia pas de précipiter dans le bûcher les livres interdits.
Il est vivant aujourd'hui notre chevalier. Il a la jeunesse et la liberté que n'auront jamais ceux qui veulent imposer leur doctrine au mépris de la pensée, du plaisir, de la vie.












   Salut l'ami !
  Et maintenant je rentre chez moi par cette rue qui contourne la basilique et qui s'appelle : rue du Chevalier de la Barre.
par chriswac
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Lundi 31 mars 2008
                En ce jour gris d'un printemps hivernal, pourquoi ne pas se réfugier tout en haut de la butte et ne pas s'attarder dans la très belle église du vieux village de Montmartre? Sur ce mont dont on discute toujours l'origine du patronyme :  mont de Mars,  mont de Mercure, mont des Martyrs... le sacré est présent depuis les origines. Imaginez Saint Denis et ses copains Rustique et Eleuthère, décapités devant les paysans de la contrée, tous trois prêts à perdre la tête pour sauver leur âme. Saint Denis d'ailleurs ne se console pas de la voir rouler cette tête sur la terre épaisse de la butte; il la saisit, la porte comme le saint sacrement, tout contre lui et dévale la pente pour s'arrêter à deux ou trois kilomètres de là, pile poil où sera édifiée la basilique qui portera son nom et où seront inhumés les rois de France. Légende ou réalité, c'est en tout cas à l'endroit où Saint Denis perdit la tête qu'une première église fut édifiée à l'époque mérovingienne. Des fouilles ont permis de trouver dans l'église et dans les jardins qui l'entourent d'importants vestiges d'une nécropole mérovingienne.


Les chapiteaux de marbre et ces colonnes proviendraient de la première église du VIème siècle qui les aurait récupérés dans les vestiges des temples antiques de la butte. Ils sont donc à Paris des vestiges parmi les plus anciens qu'on puisse trouver
 
Deux colonnes sont situées dans le choeur et deux autres sous l'orgue.











Une photo de l'église prise de la rue du Chevalier de la Barre.




Ne nous attardons pas sur l'église et la chapelle du martyr dont on ne sait presque rien et sautons à pieds joints dans le XIIème siécle, et plus exactement en l'an de grâce 1133 où le roi Louis VI et la reine Adélaïde en deviennent propriétaires. Ils décident de fonder une abbaye sur ce lieu sacré et choisissent de la confier aux bénédictines de l'abbaye Saint Pierre de Reims.

L'église sera consacrée en 1147 (elle est donc une des trois plus anciennes églises du Paris d'aujourd'hui) par le pape Eugène III accompagné de Saint Bernard et de l'abbé de Cluny, Pierre le Vénérable.  Louis VII et sa mère Adélaïde qui lui ont donné le titre d'abbaye royale de Montmartre assistent à la cérémonie. Plus tard, la reine Adélaïde, très attachée à cette abbaye s'y retirera et y mourra. Elle tiendra à être inhumée dans le choeur. Il ne reste presqu'aucune trace du dallage royal, sinon cette pierre martelée pour servir de marche à l'autel et qui fut retrouvée en 1901. Vous pourrez voir à l'entrée de la sacristie.C'est un vestige émouvant, un fantôme de pierre, la mystérieuse présence d'une reine du Moyen Âge qui continue de veiller sur son église


L'abbaye devient vite célèbre et sert de halte aux pélerins qui se rendent jusqu'à Saint Denis et tiennent à s'arrêter sur le lieu même où le Saint aurait subi son martyre, où il aurait perdu la tête (ce qui lui fit les pieds puisqu'il crapahuta comme vous le savez sur plusieurs kilomètres. Aujourd'hui vous avez le choix entre bus, métro et vélib pour parcourir cette distance avec plus de facilité).
On dit que Thomas Becket voulant échapper à l'ire royale d' Henri II aurait trouvé asile et refuge dans cette abbaye.En tout cas les religieuses y sont nombreuses et l'on dut lorsque le cimetière fut plein comme un oeuf, ramasser les os et les crânes et les disposer dans les galeries du triforium.




 

L'église de l'abbaye a une double vocation; elle est à la fois le lieu de culte réservé aux religieuses et une église paroissiale. Les bénédictines de Saint Pierre de Reims disposent du choeur et de la dernière travée de la nef. La partie conventuelle était dédiée à Saint Pierre et la partie paroissiale à la Vierge et à Saint Denis. Une cloture les séparait On voit sur la 1ère photo le pilier entre la 1ère et la 2ème travée où venait se fixer la grille de séparation. Sur la 2ème photo correspondant au 1er pilier, l'endroit où la grille fut fixée quand on décida de donner plus de place à l'église paroissiale.
















     Le plan de l'église est typiquement roman : une nef et des bas-cotés simples, un transept peu développé avec deux chapelles en absidiole et un choeur en hémicycle.
La nef était recouverte d'une voute de pierres si lourde qu'elle menaçait tout l'édifice, les contreforts ne pouvant supporter une poussée excessive. Elle fut donc démontée avant la fin du XIIème siècle et remplacée par un plafond de bois. Sans doute était-il temps car l'écartement des murs est bien visible et frappe aujourd'hui le touriste qui entre dans l'édifice. Le plafond sera remplacé à la fin du XVème siècle par une voute d'arête sur croisée d'ogive. La plupart des chapiteaux romans furent massacrés à l'occasion de cette "amélioration" dans le goût de l'époque.



Parmi les chapiteaux rescapés, celui de la luxure! On y voit un brave homme à tête de porc qui chevauche à l'envers un cheval qu'il tient par la queue.









Dans le choeur, la voûte de la 1ère travée est romane; elle permet de comprendre pourquoi l'église qui était tout entière recouverte à l'origine risquait de s'écrouler sous le poids de ces pierres à boudin.










Voici une photo de cette voûte, la plus ancienne de l'édifice.
Revenons à l'histoire de l'église qui pendant la guerre de cent ans aurait reçu la visite de Jeanne d'Arc. Il est vrai que les lieux ayant eu l'honneur d'une telle visite sont si nombreux dans notre pays qu'il faut croire que Jeanne avait un véhicule d'au moins 18 chevaux! C'est en tout cas à la fin du XVème siècle, alors que l'église est en partie délabrée que les voûtes de la nef  remplacent le plafond de bois.




Au XVIème siècle, l'abbaye est le théâtre d'un événement de grande importance : Saint Ignace de Loyola, Saint François Xavier et leurs compagnons prononcent les voeux de la fondation de la Compagnie de Jésus. Précisons cependant que ce n'est pas l'église qui accueillit ces aventuriers de l'âme mais la chapelle du martyrium dont il ne subsiste presque rien, un peu plus bas, rue Yvonne le Tac, à côté du collège. De cette époque date la très belle cuve baptismale dans l'absidiole à droite du choeur.



Cette cuve veut rappeler le berceau dans lequel Moïse vogua sur les eaux du Nil... elle est sculptée de figures et de rinceaux très caractéristiques de la Renaissance.


Quelques mots des abbesses qui se succédèrent jusqu'à la Renaissance. L'une d'elle se fit remarquer pour sa clémence et l'intérêt qu'elle portait au confort des religieuses. Enfin, le mot "confort" est tout relatif!  Les hivers étaient très rudes et la butte alors en pleine campagne était exposée à tous les vents (ce qui attirera un peu plus tard les moulins). Les pieds des braves religieuses risquaient de s'ankyloser et la bonne Abbessse ordonna la distribution de bottes fourrées.

Quelques pierres tombales des abbesses du Moyen-Âge et de la Renaissance subsistent dans les absidioles : à gauche du choeur, un fragment de la pierre d'Antoinette Auger, abbesse du XVIème ainsi que la pierre tombale de Catherine de la Rochefoucault (1760) dont nous parlerons dans le prochain article. A droite, la pierre tombale de Mahaut de Fresnoy (1280) et de Marguerite de Minci (1309) cousine de l'abbesse Ade.
Je vous proposerai la prochaine fois la suite de la visite : St Pierre de 1600 à nos jours. Avant de m'éclipser et d'aller avec mon drapeau tibétain acccueillir la triste flamme des Jeux Olympiques de l'Hypocrisie et des faux culs je vous envoie un cliché pris ce matin depuis mon toit et qui nous montre Montmartre sous la neige le 7 avril...



par chriswac
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Vendredi 21 mars 2008

                                                                                                                          Le Pura Kehen où habitent les âmes divinisées des rois défunts. La troisième cour abrite un méru de onze toits dédié au Dieu du feu. et dans la partie la plus sacrée (angle nord est) un autel à trois trônes consacré à la trilogie hindouiste : Brahma le Créateur, Vichnou le Mainteneur, Shiva le Destructeur. Ces trois Dieux seraient comme les trois faces d'un même Dieu dont la puissance serait symbolisée par ces trois aspects essentiels : donner la vie, la préserver, la reprendre. Avant d'accéder à cette partie la plus sacrée vous découvrirez un banian dont les branches et les racines touffues abritent le kulkul qui renferme le tambour d'appel à la prière.bali-057.JPG Ce temple peu visité est une version réduite du célèbre Pura Besakih dont la visite s'avère souvent une épreuve redoutable tant y sont nombreux ceux que les balinais appellent les moustiques, vendeurs de toutes sortes et guides insistants jusqu'à l'énervement et la  grossiéreté pourtant si peu balinaise. Le harcèlement est tel : marchands, guides, scooters...qu'il vaut mieux s'abstenir de visiter ce temple et profiter de ceux qui comme le Pura Kehen restent paisibles et invitent à la méditation.  De plus vous pourrez accéder aux différentes enceintes, ce qui est impossible dans de nombreux autres temples.
                                                               A propos des offrandes  déposées     nini-bali-042-copie-1.JPGcontinuellement devant les autels, il y a toute une symbolique qui peut écbali-060.JPGhapper au visiteur. Elles sont souvent couronnées de bétel qui représente la Trinité Hindouiste et comportent des éléments de couleurs différentes: rouge pour Brahma, noir ou vert pour Vichnou, blanc pour Shiva. Elles sont la plupart du temps composées d'aliments déposés sur une feuille.                                                                                         A gauche la base sculptée d'un autel dans cette pierre grise, volcanique si caractéristique de l'île. Un petit chien blanc nous a accompagnés dans notre balade entre les autels. Nous n'avions rien à lui donner sinon quelques caresses. Les chiens à Bali sont omniprésents. On les voit partout, trottinant sur les routes, couchés sur les bas côtés, filant dans les campagnes. Ils sont ignorés des habitants; on ne rencontre aucune agressivité à leur égard mais ils traînent pour la plupart une vie misérable, constamment en quête de nourriture. Beaucoup sont des squelettes de chiens. Sur la plage de Jimbaran ils se rassemblent le soir, espérant profiter des déchets des restaurants. Il suffit de prendre le ferry et de mettre le pied sur Java pour ne plus en voir un seul. Il y est animal impur tandis qu'à Bali, il est laissé à lui même. 

bali-134.JPGbali-080.JPGQuelques fois, un chien se fait adopter et coule une existence heureuse, comme celui dont on aperçoit la queue chez un prêtre hindouiste. A gauche, un chat nous regarde depuis son observatoire dans le temple de Rambut Siwi.

bali-140.JPGDepuis la terrasse du Pura Rambut Siwi, on découvre la côte et la magnifique plage de sable noir où l'industrie touristique n'a pas encore mis les pattes.
    Le temple est établi au milieu des frangipaniers. Il a été créé au XVIème siècle par le prêtre Nirartha que nous avons déja rencontré au Pura Ulu Watu. Quand Nirartha est venu ici pour la première fois, une épidémie ravageait la région et notamment le proche village de Gading Wani. Il la fit disparaître et les villageois lui demandèrent de s'établir chez eux où il serait vénéré.Mais Nirartha qui se sentait appelé ailleurs refusa et laissa une mèche de sa chevelure aux villageois en gage de protection. Ils la conservèrent précieusement  dans un coffret, l'enterrèrent sous le temple. Elle est aujourd'hui veillée par ce chat noir et blanc. Le nom du temple rappelle cette origine, il signifie adoration des cheveux.

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                                                                        Le temple est construit en briques rouges et en pierre volcanique. Il est richement sculpté de scènes tirées du Mahabharata. Les statues y sont comme partout dans l'île habillées de sarongs noir et blanc (le bien et le mal) et portent à l'oreille des fleurs d'hibiscus ou de frangipanier.     

bali-141.JPGLa rampe est un dragon qui domine la mer et la falaise creusée de nombreuses grottes transformées en sanctuaires. Dans l'une d'elles un tigre aurait élu domicile et coulerait des jours heureux ! Le dragon ou Barong est omniprésent à Bali. Il symbolise la santé et il est opposé à la sorcière Rangda dont la statue vous accueille à l'entrée du temple.  Tous deux sont régulièrement représentés dans les danses rituelles. Ils luttent mais aucun ne domine vraiment. Bien et mal s'affrontent mais aucun ne triomphe.  


bali-139.JPGPour terminer la visite, un petit baiser au dragon souriant et à ceux qui lisent cette page.                  

par chriswac
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Mercredi 19 mars 2008

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   Pas de voyage à Bali sans une visite aux temples qui sont comme une carte postale de cette île touristique mais encore authentique et fascinante. Beaucoup de temples de village ne se visitent pas et les grands temples ne se parcourent souvent que de l'extérieur, la partie sacrée étant interdite aux touristes. Parmi les plus photographiés, le temple du lac Bratan. Les photos ne vous montreront pas la grosse mosquée de béton qui s'est bâtie sur les rives  et enlaidit ce site célèbre. Tournez lui le dos et vous ne verrez plus que ces toits légers (les merus) et ces enclos de pierre élevés sur de petites îles. Le temple est dédié à Dewi Danu, la déesse des eaux. Les cérémonies y sont fréquentes pour assurer aux paysans une alimentation régulière en eau.


undefinedNous y étions il y a quelques jours et n'avons pas échappé aux brumes qui souvent s'accrochent aux montagnes. Pourtant si vous voulez connaître Bali sans être importunés par les foules cosmopolites, février-mars semble être une période idéale. Vous aurez droit à quelques bonnes pluies tropicales, à un ciel plutôt gris mais vous serez seuls sur les sites les plus connus et votre méditation n'en sera que plus profonde !

bali-095.JPG Le meru de ce temple est un des plus hauts. Il compte onze toits de fibres de palmiers. Ce qui indique le haut statut de la déesse ici vénérée. Ces merus sont réservés aux divinités ancestrales ou à celles de la nature et de la vie. On ne les trouve jamais dans les temples dédiés aux divinités liées à la mort.
   
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La péninsule de Bukit au sud de Bali était jadis une réserve de chasse (hélas) réservée aux rois avant de devenir un lieu de relégation pour les condamnés et les parias. Il était difficile de s'en échapper à cause de ses falaises abruptes battues par les vagues. Il n'y eut longtemps qu'une seule construction, le temple de la mer : Pura Luhur Ulu Watu.
bali-160.JPGVous apercevez le meru du temple au sommet de la falaise à la pointe occidentale de la péninsule. C'est un des santuaires les plus sacrés de Bali. Il daterait du XIème siècle et sa reconstruction du XVIème serait due à Dang Hyang Nirartha grand réformateur hindou qui fut déifié après sa mort. Espérons qu'il ne voit pas ce que devient peu à peu cette péninsule où se sont installés une cimenterie fumeuse, un campus universitaire et un grand complexe touristique vers Nusa Dua.
  Il y a même après Jimbaran, au début de la péninsule un grand centre commercial qui concocte l'édification de la plus haute statue du monde, un Vichnou de 160 mètres  dont la tête a déja été réalisée...
bali-091.JPG

  Le Pura Taman Ayun à Mengwi.C'est un immense temple d'Etat construit au XVIIème siècle. On ne peut photographier que de l'extérieur l'enceinte sacrée. Il est érigé au centre d'un bassin et symbolise le monde hindouiste de Bali. En effet les autels et les merus de l'enceinte symbolisent les montagnes de Bali et les temples principaux, si bien que le fidèle peut y prier comme s'il était en présence des originaux. Le meru de onze étage, le plus haut du temple symbolise le Gunung Batukau, la deuxième montagne de l'île (après le Gunung Agung  qui est un volcan toujours actif, d'une hauteur de plus de 3000 mètres, demeure pour les Balinais des dieux et des esprits des ancêtres)), d'autres merus symbolisent ce dernier et le Gunung Batur. Le Batur est le seul à posséder une caldeira :

bali-065.JPGOn la découvre sous une brume envahissante, le 5 mars, quelques minutes avant d'être plongés dans un brouillard à couper au couteau ! Le Batur a connu de nombreuses éruptions. L'une d'elle, en 1917 provoqua la mort de plusieurs centaines d'habitants et réduisit en cendres plusieurs centaines de temples.

bali-092.JPGEntre deux douches tièdes, nous avons aperçu un prêtre en prière devant un autel.  D'autres temples nous attendent que nous découvrirons bientôt mais les amoureux de Bali savent bien qu'il est impossible de les découvrir tous, tant ils sont nombreux et parfois difficiles d'accès. En fait, si l'on excepte les temples du commerce sur les côtes touristiques, tout Bali est un seul Temple Sacré.                      bali-090.JPG

par chrisw