Lundi 7 janvier 2008

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     7 janvier, balade dans le square Louise Michel. Il fait bleu et clair sur Paris et ce cheval blanc aimerait être libéré de l' axe qui le retient et l'empêche de s'envoler.

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     Le jardin gravit la butte sacrée qui abrita le culte de Mercure et de Mars. Auquel des deux faut-il attribuer la paternité patronymique de "Montmartre"?. Le nom vient-il de Mons Mercurii ou de Mons Martis ? Pour départager les chipoteurs, la légende dorée vint au Moyen Âge apporter sa lumière : Saint Denis et ses compagnons torturés et tués sur la butte auraient donné au lieu son nom : Mont des Martyrs....Montmartre.  La période révolutionnaire ne s'embarrassa pas de scrupules et choisit l'ami du peuple pour enseigne! Montmartre devint pour quelques années Mont Marat...

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   Le jardin porta longtemps le nom de Willette, dessinateur caricaturiste de talent mais violent antisémite. Il a été remplacé avantageusemant il y a quelques années par la Vierge Rouge, Louise Michel qui fut institutrice à Montmartre et figure de proue de la Commune. Elle revint de l'exil forcé en Nouvelle Calédonie avec ceux des chats qu'elle avait recueillis et qui étaient trop vieux pour survivre seuls. Dans son jardin aujourd'hui vous rencontrerez quelques chats très libres, ceux de la Mère Michel peut-être...

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   Au sommet de la butte, les visiteurs se penchent sur ces balcons du ciel pour découvrir Paris. Quand la Basilique n'était pas encore un projet, à quelques pas de là, en 1870, pendant le siège de Paris, Nadar installa sa compagnie d'aérostiers chargés d'observer les lignes prussiennes et d'assurer le service postal. Un jour d'octobre, la foule  était rassemblée pour voir s'élever un ballon, l'Armand Barbès, avec à son bord, Gambetta, ministre de la Défense. Il y avait dans cette foule de nombreux artistes dont le moindre n'était certes pas Victor Hugo!

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Aujourd'hui c'est la foule des touristes qui envahit le jardin où de nombreux immigrés essayent de survivre en étalant sur le sol une camelote made in China qui sera ramassée en un quart de seconde à la moindre alerte. A l'entrée du jardin des jeunes hommes "sans papiers" saisissent le poignet des touristes pour nouer des bracelets de laine en échange d'une pièce de monnaie. 

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La dernière terrasse est ornée d'une monumentale fontaine (de Gasq) dédiée aux dieux marins. Trois immenses vasques sont soutenues par ces divinités qui ne semblent pas très réjouies de l'effort qui leur est demandé!

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   Beaucoup plus modeste, la Fontaine des Innocents (de Derre) se cache au bord d'une allée, à gauche du jardin. Elle assume son style 1900 et offre au regard un Manneken Pis qui malheureusement n'a jamais pissé.



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Voilà... Une petit balade dans ce jardin, en ce début d'année où les ombres  jouent leur Giacometti mais entament leur lente régression. Je ne peux m'empêcher de vous montrer la station velib à la sortie du square. Je n'y vois jamais un seul vélo! Les montmartrois les empruntent-ils le matin très tôt pour remonter le soir en bus ou en métro? Quelle que soit l'heure de mon passage, je cherche en vain une monture! C'est décidé, je repars en haut de page et j'emprunte le cheval blanc que je libérerai de sa tige de fer.

    

par chriswac
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Jeudi 3 janvier 2008

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     En ce début d'année pas de plus belle carte de voeux que cette affiche rencontrée rue Francoeur. Je la dédie à tous ceux que j'aime, la plupart un peu cabossés, un peu blessés et qui mettent des étoiles dans mes nuits.

     Il y a à Montmartre, chez moi, tout un petit peuple venu d'Asie que j'aimerais vous présenter aujourd'hui. Ce sont des marionnettes encore vibrantes des représentations qu'elles ont données et qui comme tous les immigrés de Paris gardent en elles leur monde de couleurs, de senteurs et de bruits.

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     Ces trois là ne savent trop quelle pièce jouer ensemble. Le prince birman, la paysanne indonésienne et Alexandre le Grand en personne.

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    Lui, c'est le plus beau et il fait des ravages parmi les belles qui l'environnent. Il est prince de Thaïlande, porte tiare et costume marqueté de miroirs. Son visage est pourtant celui de ces jeunes que vous rencontrerez dans les rue de Bangkok, la même vie et la même douceur.

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Elle, c'est ma première, mon premier amour de marionnette. Je l'ai rencontrée à Paris, il y a longtemps déjà. J'ignorais alors tout de l'Asie. Je ne savais pas qu'un jour j'aimerais à ce point cette région du monde. La dame était jetée sur le sol parmi de vieux débris de meubles et de vaisselle. Elle était à vendre dans une brocante minable où je l'ai ramassée pour lui rendre son statut de Grande Dame.

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   Une coiffure baroque pour cette longue dame au visage concentré. Je ne sais pourquoi elle me fait penser à une fourmi. Autour d'elle d'autre dames vont et viennent, loin de leur Indonésie natale. C'est au Vietnam cependant que j'ai été frappé par la sveltesse, l'élégance, la noblesse des femmes. Vous les voyez marcher dans les rues avec leur longue tunique fendue ou filer comme des amazones sur leurs vélos. Quand je vais dans les hôtels touristiques dans ces pays, je suis frappé par le contraste entre la foule des occidentaux, souvent négligés, en shorts approximatifs, en chemisettes bariolées, ventre en avant, cul en arrière et le peuple de seigneurs qui les servent, nettoient leurs assiettes et font leur lit.

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  Lui c'est Ganesh. En marionnette il est plutôt rare. C'est le plus sympa du panthéon hindouiste. En Inde il est présent partout, dans toutes les maisons et avec lui on oublierait que l'hindouisme aussi, comme bien des religions est capable d'intolérance et de violence. La marionnette est rare avec ses quatre bras et comme il se doit pour Ganesh, l'arrière de la tête en démon.

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   Mon royaume pour un cheval ! 

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Madame vient du Rajasthan, le pays des couleurs. On nous parle de la misère de l'Inde, misère encore bien réelle en certains endroits mais comment comprendre que malgré la difficulté de vivre les femmes y aient une telle allure? Les saris de soie vive, les bracelets miroitants, les sourires... Quand vous touchez aux ailes des papillons, la poussière d'or ou de bleu restent sur vos doigts. C'est dans vos yeux qu'elle scintille quand vous revenez du Rajasthan.

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Un peu secrète, un peu triste avec son tambourin bien vissé sur la tête...
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    Tous ceux qui sont allés à Hanoï connaissent ces petites créatures vendues aux touriste au théâtre des marionnettes sur eau. c'est un spectacle inoubliable, féérique et poétique qui mêle l'eau et le feu. Ces deux là, très banales, ne le sont pas pour moi et pour Nicole. Nous avions un guide exceptionnel, un homme très doux, très érudit et plein d'humour. Il nous a offert ces marionnettes avant de nous dire qu'il était désolé de nous quitter car il venait d'apprendre que sa mère avait été victime d'une crise cardiaque.

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    Lui c'est un gros chinois souriant. A tort, je suis moins attiré par la Chine. peut-être à cause de reportages sur l'écorchage des chiens vivants ou sur la préparation culinaire de chats et chiens. C'est idiot car de notre côté nous sommes assez doués pour torturer la gent animale prétendue inférieure. Mais c'est promis, après les jeux olympiques qui me font horreur, je ferai un effort.

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Bon il faut se faire une raison, vous risqueriez de vous lasser si je vous présentais tous mes hôtes. Je vais donc terminer avec celui là qui n'a rien d'asiatique et qui faisait partie d'un jazz band. Il a peut-être, dans les années 20 été victime du regard "banania" que l'on pouvait porter sur lui mais aujourd'hui il n'y pense plus. Il vit la belle vie sur ses coussins et c'est lui qui après avoir posé son trombonne vous souhaite une belle année .


par chriswac
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Dimanche 30 décembre 2007

saint-vincent-041-copie-1.JPG   Le 29 décembre, Nicole et moi décidons d'aller traîner nos pas dans le petit cimetière, au bas de la butte, cet enclos qui porte le nom du patron des vignerons et qui jouxte presque la dernière vigne de Montmartre. Nous sommes accueillis par un ange juvénile et boudeur. Accueillis n'est pas vraiment le mot. Il nous ignore, enfermé qu'il est dans la pierre et la méditation.
saint-vincent-012.JPG     La petite maison de Platon et Papoue. Ils sont tous deux derrière la vitre et nous regardent. Ils nous rappellent qu'entre les morts et nous il n'y a que cette vitre, parfois embuée ou poussiéreuse mais bien présente. Ils devaient s'aimer ces deux là, morts à quelques mois de distance. Nous n'avons peut-être qu'un seul grand amour dans notre vie, amour auquel on ne peut survivre.

saint-vincent-004.JPG      Deux femmes légères sur les branchages nus. Celle qui s'élève semble inviter l'autre à partir avec elle. Sa main caresse son épaule et invite les bras ouverts à se refermer autour de ses jambes pour s'abandonner à l'assomption...
saint-vincent-016-copie-2.JPG    L'ange qui veille sur la tombe d'Utrillo et de Lucie. Derrière le mur, la rue des Saules et le cabaret du lapin agile, les vignes et la maison rose, autant de lieux peints par celui que recouvre aujourd'hui le sinistre marbre.
saint-vincent-018.JPG    La main de l'ange, pour tenir un pinceau, pour porter à ses lèvres une coupe de champagne, pour caresser le visage des êtres aimés, pour se fermer soudain et cogner contre la mort.
saint-vincent-024.JPG   Sur une tombe, ce rappel de la vie la plus exaltée. Ces corps faits pour être chauds et s'enlacer. Cette main posée sous un sein tendu...        Mais ces corps menacés, ces souvenirs de papier brûlant que le bronze ne saurait garder qu'en les figeant, comme des fragments d'obus après l'explosion.
saint-vincent-035.JPG     La tombe la plus banale et la plus pesante pour celui qui nous a donné un univers et des images comme des oiseaux ou des nuages. On n'enterre pas les nuages. Les Enfants du Paradis, le plus beau film jamais tourné, pour moi... Qu'ils continuent de donner à leur créateur la jeunesse et la passion, et s'il existe un paradis, qu'ils soulèvent cette pierre stupide et l'entraîne là haut, là où vont ceux qui n'ont pas de quoi se payer l'orchestre...
saint-vincent-003.JPG  Il est  représenté ici avec chapeau et moustache, le bonhomme. Il sourit, satisfait et nous regarde. Il semble ignorer la jolie femme qui tourne vers lui la tête et dont le bras semble indiquer le chemin. Le lierre rampe sur la pierre, plus vivant malgré l'hiver que le bourgeois chapeauté.
saint-vincent-021.JPG    Ce n'est qu'un morceau de rocher, quelques pierres disjointes et un fouillis de plantes et de lierre. C'est là qu'habite Steinlein, le plus doué dessinateur de chats. Personne comme lui n'a su saisir la beauté de ces créatures uniques. Cet endroit semble fait pour eux, il y a des cachettes, des arbres, des buissons et un mur par où prendre la poudre d'escampette.

undefined  Bon d'accord ce n'est qu'une pierre bien noire et lisse et sans grâce. Mais vous pouvez y lire : Papa Borde, Maman Borde, Fils Borde... N'est-ce pas émouvant ce désir de rester ensemble, trinité gravée dans le marbre. Il devait y avoir beaucoup d'amour et de complicité chez ces trois là. Leur tombe devrait être multicolore avec des nains de jardin, beaucoup de fleurs des champs et des oiseaux qui s'égosilleraient toute l'année.

saint-vincent-044.JPG Il y a encore beaucoup de personnes sympathiques dans ce cimetière... Eugène Boudin le mal nommé dont les ciels et les plages ne cessent de vibrer, clairs, dans nos regards...Marcel Aymé qui voudrait bien que son passe-muraille l'aide à sortir de son trou... L'étonnant Ségir dont la tombe, selon son désir, émet des ondes qui guérissent les cardiaques...Harry Baur, acteur inoubliable.... mais celui qui nous attendait à la sortie du cimetière, il était bien vivant, bien nourri, c'était l'habitant des lieux, l'âme ombre et lumière qui à force de se poser sur les tombes a recueilli un peu de chaleur et de vie de chacun.

 

par chriswac
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Lundi 24 décembre 2007
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                                                                                                           On la connaît dans le quartier cette femme aux cheveux rouges et à la lourde cape noire au col tigré. On l'aime bien la veuve aux chats, celle qui vient chaque soir parler aux petits félins du square Louise Michel.
                                                                                                         Elle arrive par la rue André Del Sarte, longe les grilles du jardin par la rue Ronsard et s'arrête en face du musée d'art naïf pour installer sur le rebord de pierre ses boîtes en plastic emplies d'une pâtée odorante.
                                                                                                           Les chats ne tardent pas à apparaître. En fait, ils sont toujours là bien avant l'heure... l'un planqué sous le lierre épais recouvrant les rochers, l'autre sous un carton qu'un jardinier au bon coeur oublie de ramasser... 
                                                                                                            Ils s'approchent sans trop de cérémonie et ne font pas longtemps semblant de dédaigner le festin offert. Car ils l'apprécient ce festin. Je ne sais quelle potion magique les attire à ce point. La veuve a de ces secrets dont la formule  tient en cinq lettres : a-m-o-u-r.
                                                                Mais ce soir là, à l'heure habituelle, quand la nuit se déplie jusqu'au bas de la butte, à peine écornée par les réverbères complices ou faiblards, la veuve ne vint pas.

                            C'était le 24 décembre.

                                                                 Les chats commencèrent à attendre. Et Dieu sait qu'ils en ont l'habitude les chats ! Attendre que cesse la pluie...Attendre que les oiseaux viennent à portée de jeu...Attendre que les hommes soient bons...Attendre que se réalise la prophétie d'Isaïe...Et quand ils n'attendent pas, ils font encore semblant d'attendre au cas où passerait par là une caresse disponible...

                                                                Peu à peu ils sentirent monter en eux une vague inquiétude qui ne tarda pas à devenir une vague d'inquiétude. Pas de pâtée, pas d'amour, ce soir étrange où des familles entières gravissaient à une heure pas très catholique les escaliers qui mènent à la basilique du Sacré Coeur, la grosse laiterie sans lait qui domine le quartier. Leurs petits estomacs crièrent famine en gargouiillant à qui miaou miaou et leurs oreilles se hissèrent comme de petites voiles guettant le moindre vent bénéfique.

                                                               L'air se mit à vibrer.

                                                               La Savoyarde s'éveilla dans son campanile, aussitôt suivie par d'autres cloches des alentours, moins éminentes mais soucieuses d'être à la hauteur de l'événement qui se célébrait cette nuit là dans le village de Montmartre.  Minuit sonnait.
                                                              
                                                                 C'est alors qu'elle apparut la veuve, non par la rue habituelle mais par les escaliers de la rue Paul Albert, anciennement appelée escaliers Sainte Marie. Elle était métamorphosée, rajeunie et alerte. Il y avait autour d'elle des gars du quartier : le boulanger, le matelassier, l'épicier, le tapissier de la rue Cazotte et Richard le commerçant du coin de la rue.  Ils regardaient avec des yeux de guirlande électrique la veuve qui semblait survoler les marches et portait contre elle un infime chaton tout juste né. Elle avait dégagé un sein gonlé et doré comme une brioche auquel était accroché la petite bête qui tétait goulument


                                                              Elle se dirigea, environnée de sa cour, vers le rebord de pierre où guettaient depuis trop longtemps les chats affamés. Elle s'assit et ils vinrent aussitôt contre elle malgré la présence des courtisans. Le matou gris qu'elle appelait Tio Tio se coucha sur ses genoux, la tricolore qu'elle nommait Missou s'allongea sur ses pieds et l'espiègle Titiche s'installa dans le cabas. Les hommes se regroupèrent autour de la veuve aux chats et se mirent à sourire de toutes leurs dents parmi lesquelles il y avait assurément quelques canines.  

                                                            Un type, un peu paysan qui passait par là et tirait sur sa bouffarde, s'arrêta devant le spectacle. Il sortit de sa poche un calepin et griffonna quelques lignes. Avant de s'éloigner, il demanda à Elyo le tapissier comment s'appelait cette femme. Il emporta le prénom avec lui et put achever sa chanson :



                                           Quand Margot dégraffait son corsage
                                           Pour donner la gougoutte à son chat
                                           Tous les gars, tous les gars du village
                                            Etaient là.....



     Et comme c'est un conte de Noël, vous devez savoir que tout le reste de la chanson n'est que pure invention. Georges, le passant du soir de Noël recueillit le chaton qu'il emmena vivre avec toute une bande d'heureux félins du côté du 14ème arrondissement.




JOYEUX NOËL A TOUS






par chriswac
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Dimanche 23 décembre 2007

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     Aujourd'hui je reviens rue Paul Albert, tout en haut, au 19, petit immeuble de céramique jaune où j'ai vécu, avec pour voisins, au 21, le Centre Israélite et au 17, Monique Morelli et Leonardi. Ceux qui ont entendu Morelli ne peuvent oublier cette voix profonde et intense, une voix à rameuter tous les piafs de Paris, à dresser des barricades, à faire jaillir la mer sous les pavés...

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           J'habitais au premier étage de cet immeuble, tout contre la maison de Morelli. Quand j'emménageais, j'ignorais que j'allais avoir à côté de moi cette artiste que j'admirais et dont je passais sans me lasser les albums. Un soir, les fenêtres de ma chambre étaient ouvertes...J'entendis monter cette voix que je connaissais accompagnée de l'accordéon.. J'ai cru d'abord qu'un voisin partageait avec moi le même amour de Morelli... Mais la voix s'arrêta puis reprit, monta puis s'arrêta de nouveau... C'était bien elle, Morelli qui répétait avec son fidèle Léonardi !  Je me suis assis sur le lit et j'ai écouté pendant deux heures, sans perdre une miette ce récital inespéré.
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     Je n'ai vécu qu'un an rue Paul Albert et je n'ai jamais osé lui parler. J'aurais rencontré Sylvie Vartan ou Sheila, j'aurais trouvé le hasard amusant et je n'aurais eu aucun mal à leur dire quelques mots. Mais Morelli !!! C'était comme si je tombais nez à nez avec Villon, Ronsard, Aragon, Carco, Mac Orlan, Rictus, Couté, Corbière....groupés autour leur interprète drapée de rouge.
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   J'ai bourlingué ensuite par le monde et ses mirages. Je transportais avec moi des enregistrements de ma voisine et je ne manquais pas de les utiliser lorsque j'étudiais avec mes élèves libanais les poètes français. Un silence profond suivait chaque audition et cette voix sensuelle et tragique semblait être chez elle dans ce pays de rochers et d'eaux vives.rue-paul-albert-morelli-031.JPG
     Bien des années plus tard, je suis revenu vivre à Montmartre. Un peu plus bas, rue Müller. De mes fenêtres pourtant, je pouvais voir la rue Paul Albert et la maison de Morelli. Un soir, je remontais la rue et je vis Léonardi. J'ai osé lui parler, lui dire à quel point j'admirais sa compagne et comment je l'avais emmenée avec moi au Liban. Il me dit alors qu'elle était très mal et il m'invita à entrer pour la voir, lui parler, lui dire comment des jeunes, si loin d'ici, aimaient l'entendre et entendre grâce à elle des poèmes vivants et vibrants. J'ai dit que j'avais un rendez-vous mais que je viendrais dès que possible. Quelques jours après, elle était morte.

par chriswac
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Vendredi 21 décembre 2007
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     Aujourd'hui encore, il fait un froid vif et clair sur Montmartre, un froid à enfiler une bonne canadienne et à se lancer à l'assaut de la rue Paul Albert, rue bien raide et qui file vers le campanile et sa grosse Savoyarde. Les faux rochers qui limitent le square Louise Michel cachent l'endroit où fut découvert par un carrier de Montmartre un bloc de gypse où des empreintes fossiles bien conservées permirent à Cuvier de rapprocher l'animal mystérieux de mammifères marsupiaux vivant il y a fort longtemps en Amérique du Sud ! Ainsi notre butte connut-elle un climat tropical, hypothèse confirmée par la découverte peu de temps après de crocodiles fossiles! C'est agréable d'y penser à soufflant dans nos doigts endoloris et en se frottant des oreilles en voie d'ankylosement.
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     Et puis la rue commence son ascension par une volée de marches qui au début du siècle portaient le nom d"escalier Notre Dame". Si les escaliers de la butte sont durs aux miséreux, ils le sont encore plus aux éboueurs, ces hommes verts de nos villes, souvent venus d'Afrique. "Ces grands Seigneurs en exil qui balayent nos trottoirs" comme écrit Prévert (je crois).
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     Au début de la rue, un  immeuble de pierres et de briques et qui m'a toujours semblé  mystérieux. Il abrite en effet de très belles et très petites personnes et notamment une femme toujours  élégante et souriante dont la taille ne doit pas dépasser le mètre 10 et qui, je ne sais pourquoi me semble être la maîtresse des lieux et régner sur un monde poétique et menacé.
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           Et puis on arrive sur une petite place avec des restaurants variés. La passerelle, L'été en pente douce (qui a pris la place d'une ancienne boulangerie aux plafonds de verre peint et qui en a gardé le décor), le Botak café qui a remplacé Les Canons de Montmartre (Pourquoi ont-ils caché les fresques représentant cet épisode héroïque de l'histoire de la butte? J'espère qu'ils ne les ont pas détruites) et  enfin Le Soleil de la Butte... Bref, vous aurez l'embarras du choix si une petite faim vous tenaille au cours de votre périple ascendant.
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     Voilà Le Soleil de la Butte entre les deux rues qui viennent rejoindre cette placette : la rue Müller et la rue Feutrier. Ce côté ci de la butte est moins coté, moins touristique et sans doute plus authentique. Le quartier file vers la rue de Clignancourt, Chateau Rouge, Barbès et la Goutte d'Or. Il change certes mais reste mêlé et vivant.
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    De l'autre côté de la placette, les escaliers de la rue Utrillo. Elle continue la rue Müller dont elle gardait le nom au début du siècle. Depuis le bas de la rue Paul Albert, vous aurez 320 marches à gravir si vous voulez atteindre le Sacré Coeur. J'ai habité quelque temps à quelques pas de là. Je voyais de ma fenêtre l'envolée des escaliers et au loin les coupoles blanches. J'appelais cette rue l'Echelle de Jacob et certains soirs il était difficile de savoir si c'étaient des enfants ou des anges qui survolaient les marches.
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        Continuez votre route et passez devant un restaurant très sympathique, un des rares restaurants afghans de Paris. Vu son nom, vous ne pouvez pas vous tromper. Si vous voulez, un jour je vous parlerai de ce pays sublime d'aridité et de lumière, des rencontres humaines, des fantômes bleus.
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   Au 17 de la rue, la maison où vivaient Monique Morelli et Leonardi. Dimanche, je vous raconterai ma rencontre avec elle, avec cette femme rare au talent aussi profond et passionné que sa voix. Je ne sais pas qui habite désormais cette maison. La voix de Morelli est présente ici. Elle chante les poètes et les complaintes. Elle est pour moi comme une sirène de brume. Vous ne la voyez plus mais c'est elle qui vous guide.
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     Nous arrivons maintenant en haut de la rue Paul Albert, à l'endroit où comme une rivière elle va perdre son nom en se jetant dans la rue du Chevalier de la Barre, cette rue qui file vers la rue Ramey de ce côté et vers le campanile de l'autre.
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     Ce petit immeuble très montmartrois avec ses stucs de silènes... Il abritait, il y a quelques année un restaurant convivial : Atmosphère. Peut-être avec un nom comme celui là aurait-il été plus à sa place vers le canal et l'hôtel du Nord ?
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    Votre petit périple est terminé puisqu'apparaît le campanile contre ce ciel hivernal. Avant de s'embarquer dans une autre rue, regardez l'immeuble de gauche qui donne en partie rue Paul Albert et en partie rue du Chevalier de la Barre. C'est le Centre Israélite qui abrite une école et un restaurant ouvert à ceux qui n'ont pas de quoi se nourrir. Une plaque rappelle une triste époque et des enfants de Montmartre arrachés à l'amour et à la vie :
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     Leurs rires et leurs courses joyeuses hantent toujours le quartier. Ils ont aujourd'hui leur prénom et leur nom sur les écoles. Mais leurs étoiles brillent sur un ciel noir.

Un chat vient se frotter à mes jambes. Il attend l'arrivée des veuves nourricières.
J'emporte chez moi sa chaleur soyeuse et ma tristesse survenue.
    
par chriswac
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Jeudi 20 décembre 2007

Photo21.jpg                                                                                            Aujourd'hui encore il fait froid sur Montmartre et en ces jours de préparation de fêtes, les solitudes se font plus lourdes. Que ces regard d'enfants rencontrés au nord de la Thaïlande viennent se poser sur votre coeur.
La douceur, la résignation et l'obéissance de cette petite fille, réfugiée birmane....

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L'école du village aux enfants appliqués.Savez-vous qu'ils apprennent à maîtriser plusieurs alphabets? latin pour l'anglais; birman et thaïlandais!

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Cette terrible tradition des anneaux qui distendent le cou, alourdissent les jambes et les chevilles et qui semble cependant acceptée et même revendiquée comme un symbole de résistance par ces populations fières et pourchassées en Birmanie... Sans doute si les hommes y étaient contraints auraient-elles été abandonnées depuis longtemps... Mais n'est-ce pas vrai un peu partout dans le monde? Si les hommes étaient obligés de porter la burka ou le voile, ces habitudes vestimentaires perdureraient-elles?
                           
Une raison possible de ces lourdes parures serait la protection contre les morsures des tigres...
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Une petite fille à Chiang Maï. Une élégance naturelle et un sens des couleurs à faire pâlir Kenzo!
Photo14-copie-2.jpgDans un village karen, des petits marchands de souvenirs si gentils si souriants si peu insistants qu'on rêverait pouvoir acheter tout leur stock de sacs et de bracelets.

Voilà... Il fait un peu moins froid sur Montmartre où les poulbots ne se déguisent plus que pour les vendanges...


 

 

par chriswac
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Mercredi 19 décembre 2007
C'est le 5ème jour où je me colle dans ce blog avec un plaisir masochiste puisque mes amis et connaissances qui essayent d'y aller à partir des moteurs de recherche et en entrant tous les tags possibles et imaginables ne parviennent jamais à s'y connecter! Mystère et boule de blog! Je continue cependant pour moi-même et l'éventuel lecteur ami qui par hasard tomberait sur moi!

J'aimerais partager avec certains mon amour de Montmartre, des chats et des voyages. Ayant eu la chance de vivre des années en Iran, au Liban, en Bulgarie et de voyager pendant des mois en Asie essentiellement, j'aurais bien des images, des souvenirs et des visages à partager avec des blogueurs pas blagueurs.

Aujourd'hui grand soleil sur la butte. Ce temps me rappelle les hivers de Téhéran, clairs et glacés et les kakis orange vif sur le bleu du ciel. Près de chez moi, il y avait une école élémentaire. A la sortie, des petites filles hautes comme trois pommes et déjà enveloppées dans leur tchador.
 
A propos de tchador, j'ai un "joli" souvenir. Il y avait une jeune femme très rieuse qui venait parfois faire le ménage dans le grand appartement sinistre où je logeais. Elle gardait son tchador pendant son travail et surtout en présence d'hommes, qui plus est d'occidentaux.

Je précise que le tchador n'a rien à voir avec la burka; ce n'est qu'un grand tissu de couleur sombre en général dont se drapent les femmes et qu'elles maintiennent en mordant les bords. 

Un jour je revins plus tôt de l'université où je travaillais. J'entrai dans la grande pièce du rez de chaussée. Chirine (ainsi s'appelait-elle, vous l'avez deviné!) était au travail. Elle me tournait le dos et frottait le sol. Elle portait son tchador mais ne s'était pas rendu compte que sa position l'avait relevé et laissait à nu son superbe postérieur. Or, elle ne portait pas de culotte.

Je me suis éloigné très discrètement afin de revenir en me faisant remarquer en heurtant bruyamment la porte.

Quant j'entrai de nouveau, elle s'était redressée et souriait en me souhaitant la bienvenue et en me demandant si j'allais bien : "allé shoma rubé"?

Voilà. 

Il fait beau sur Montmartre.

005.JPG  Un regard de ma chatte Missou que j'ai peinte sur son fauteuil favori.
par chriswac
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Mardi 18 décembre 2007

oleron-2007-060.JPG     Un jour d'octobre à Grand Village.

 

oleron-2007-061.JPG    



oleron-2007-030.JPG    Les touristes partis, les chars à voile reprennent possession de la plage (à Saint Trojan)

oleron-2007-033.JPG    L'épave échouée sur la grande plage à Saint Trojan.

 

oleron-2007-041.JPG   Sur le port, à Saint Trojan, une cabane ostréicole.

oleron-2007-050.JPG    Les goélands se reposent sur une barque retraitée.



oleron-2007-035.JPG     Un sage en contemplation.

par chriswac
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Lundi 17 décembre 2007
Montmartre-d--cembre-07-014.JPGLe Sacré Coeur depuis le velux de la salle de                  bains,       hier à 16 heures. Je ne comprends pas la déréliction que subit cette église. Certes l'origine de sa construction n'est pas des plus sympathiques mais les gens de goût affectent de la trouver vulgaire et        tape à l'oeil. Pour moi, elle est plutôt naïve; elle apparaît au détour d'une rue ou au dessus des toits comme une ville byzantine de conte de fées. Elle se colore de rose ou de bleu selon les heures et les saisons.          l'intérieur ne manque pas de gueule et l'immense mosaïque au desssus du choeur jette des étincelles or   et bleu dans la pénombre.                                                                                                                                                       
                                                                                                                                                                                                       Montmartre-d--cembre-07-005.JPGLe fronton de l'Elysée Montmartre. Ce Music hall des années folles a perdu de sa splendeur. Il n'est plus le bal populaire qu'il fut et ses jardins ont disparu. Il est
aujourd'hui une salle réputée qui accueille groupes et chanteurs. Sa jolie danseuse à la jambe légère          sourit aux touristes qui sortent de la station de métro Anvers, sous son regard et son invite.     Son histoire passionnera les amoureux de Paris et je la détaillerai prochainement. Notons parmi ses heures de gloire l'abri qu'il offrit pendant la Commune au Club de la Révolution ou bien plus tard le passage dans ses murs de Louise Weber, "la Goulue" avant son installation au Moulin Rouge.                                                                    
Montmartre-d--cembre-07-013.JPGLa Grande entrée des anciens magasins Dufayel rue deClignancourt. Aujourd'hui la B.N.P. et quelques vestiges du passé. Apollon sur son char oeuvre de Dalou, le sculpteur du triomphe de la Nation sur la place du même nom. Il est difficile d'imaginer l'opulence de ce grand magasin populaire qui abritait un théâtre et une immense serre.


par chriswac
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