Lundi 24 décembre 2007
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                                                                                                           On la connaît dans le quartier cette femme aux cheveux rouges et à la lourde cape noire au col tigré. On l'aime bien la veuve aux chats, celle qui vient chaque soir parler aux petits félins du square Louise Michel.
                                                                                                         Elle arrive par la rue André Del Sarte, longe les grilles du jardin par la rue Ronsard et s'arrête en face du musée d'art naïf pour installer sur le rebord de pierre ses boîtes en plastic emplies d'une pâtée odorante.
                                                                                                           Les chats ne tardent pas à apparaître. En fait, ils sont toujours là bien avant l'heure... l'un planqué sous le lierre épais recouvrant les rochers, l'autre sous un carton qu'un jardinier au bon coeur oublie de ramasser... 
                                                                                                            Ils s'approchent sans trop de cérémonie et ne font pas longtemps semblant de dédaigner le festin offert. Car ils l'apprécient ce festin. Je ne sais quelle potion magique les attire à ce point. La veuve a de ces secrets dont la formule  tient en cinq lettres : a-m-o-u-r.
                                                                Mais ce soir là, à l'heure habituelle, quand la nuit se déplie jusqu'au bas de la butte, à peine écornée par les réverbères complices ou faiblards, la veuve ne vint pas.

                            C'était le 24 décembre.

                                                                 Les chats commencèrent à attendre. Et Dieu sait qu'ils en ont l'habitude les chats ! Attendre que cesse la pluie...Attendre que les oiseaux viennent à portée de jeu...Attendre que les hommes soient bons...Attendre que se réalise la prophétie d'Isaïe...Et quand ils n'attendent pas, ils font encore semblant d'attendre au cas où passerait par là une caresse disponible...

                                                                Peu à peu ils sentirent monter en eux une vague inquiétude qui ne tarda pas à devenir une vague d'inquiétude. Pas de pâtée, pas d'amour, ce soir étrange où des familles entières gravissaient à une heure pas très catholique les escaliers qui mènent à la basilique du Sacré Coeur, la grosse laiterie sans lait qui domine le quartier. Leurs petits estomacs crièrent famine en gargouiillant à qui miaou miaou et leurs oreilles se hissèrent comme de petites voiles guettant le moindre vent bénéfique.

                                                               L'air se mit à vibrer.

                                                               La Savoyarde s'éveilla dans son campanile, aussitôt suivie par d'autres cloches des alentours, moins éminentes mais soucieuses d'être à la hauteur de l'événement qui se célébrait cette nuit là dans le village de Montmartre.  Minuit sonnait.
                                                              
                                                                 C'est alors qu'elle apparut la veuve, non par la rue habituelle mais par les escaliers de la rue Paul Albert, anciennement appelée escaliers Sainte Marie. Elle était métamorphosée, rajeunie et alerte. Il y avait autour d'elle des gars du quartier : le boulanger, le matelassier, l'épicier, le tapissier de la rue Cazotte et Richard le commerçant du coin de la rue.  Ils regardaient avec des yeux de guirlande électrique la veuve qui semblait survoler les marches et portait contre elle un infime chaton tout juste né. Elle avait dégagé un sein gonlé et doré comme une brioche auquel était accroché la petite bête qui tétait goulument


                                                              Elle se dirigea, environnée de sa cour, vers le rebord de pierre où guettaient depuis trop longtemps les chats affamés. Elle s'assit et ils vinrent aussitôt contre elle malgré la présence des courtisans. Le matou gris qu'elle appelait Tio Tio se coucha sur ses genoux, la tricolore qu'elle nommait Missou s'allongea sur ses pieds et l'espiègle Titiche s'installa dans le cabas. Les hommes se regroupèrent autour de la veuve aux chats et se mirent à sourire de toutes leurs dents parmi lesquelles il y avait assurément quelques canines.  

                                                            Un type, un peu paysan qui passait par là et tirait sur sa bouffarde, s'arrêta devant le spectacle. Il sortit de sa poche un calepin et griffonna quelques lignes. Avant de s'éloigner, il demanda à Elyo le tapissier comment s'appelait cette femme. Il emporta le prénom avec lui et put achever sa chanson :



                                           Quand Margot dégraffait son corsage
                                           Pour donner la gougoutte à son chat
                                           Tous les gars, tous les gars du village
                                            Etaient là.....



     Et comme c'est un conte de Noël, vous devez savoir que tout le reste de la chanson n'est que pure invention. Georges, le passant du soir de Noël recueillit le chaton qu'il emmena vivre avec toute une bande d'heureux félins du côté du 14ème arrondissement.




JOYEUX NOËL A TOUS






par chriswac
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