La nef était recouverte d'une voute de pierres si lourde qu'elle menaçait tout l'édifice, les contreforts ne pouvant
supporter une poussée excessive. Elle fut donc démontée avant la fin du XIIème siècle et remplacée par un plafond de bois. Sans doute était-il temps car l'écartement des murs est
bien visible et frappe aujourd'hui le touriste qui entre dans l'édifice. Le plafond sera remplacé à la fin du XVème siècle par une voute
d'arête sur croisée d'ogive. La plupart des chapiteaux romans furent massacrés à l'occasion de cette "amélioration" dans le goût de l'époque.
Parmi les chapiteaux rescapés, celui de la luxure! On y voit un brave homme à tête de porc qui chevauche à l'envers un cheval
qu'il tient par la queue.
Dans le choeur, la voûte de la 1ère travée est romane; elle permet de comprendre pourquoi l'église qui était tout entière
recouverte à l'origine risquait de s'écrouler sous le poids de ces pierres à boudin.
Voici une photo de cette voûte, la plus ancienne de l'édifice.
Revenons à l'histoire de l'église qui pendant la guerre de cent ans aurait reçu la visite de Jeanne d'Arc. Il est vrai que les lieux ayant eu l'honneur d'une telle
visite sont si nombreux dans notre pays qu'il faut croire que Jeanne avait un véhicule d'au moins 18 chevaux! C'est en tout cas à la fin du XVème siècle, alors que l'église est en
partie délabrée que les voûtes de la nef remplacent le plafond de bois.

Au XVIème siècle, l'abbaye est le théâtre d'un événement de grande importance : Saint Ignace de Loyola, Saint François Xavier et leurs compagnons
prononcent les voeux de la fondation de la Compagnie de Jésus. Précisons cependant que ce n'est pas l'église qui accueillit ces aventuriers de l'âme mais la
chapelle du martyrium dont il ne subsiste presque rien, un peu plus bas, rue Yvonne le Tac, à côté du collège. De cette époque date la très belle cuve baptismale dans l'absidiole à
droite du choeur.
Cette cuve veut rappeler le berceau dans lequel Moïse vogua sur les eaux du Nil... elle est sculptée de figures et de rinceaux
très caractéristiques de la Renaissance.
Quelques mots des abbesses qui se succédèrent jusqu'à la Renaissance. L'une d'elle se fit remarquer pour sa clémence et
l'intérêt qu'elle portait au confort des religieuses. Enfin, le mot "confort" est tout relatif! Les hivers étaient très rudes et la butte alors en pleine campagne était
exposée à tous les vents (ce qui attirera un peu plus tard les moulins). Les pieds des braves religieuses risquaient de s'ankyloser et la bonne Abbessse ordonna la distribution de
bottes fourrées.
Quelques pierres tombales des abbesses du Moyen-Âge et de la Renaissance subsistent dans les absidioles : à gauche du choeur, un fragment de la pierre d'Antoinette
Auger, abbesse du XVIème ainsi que la pierre tombale de Catherine de la Rochefoucault (1760) dont nous parlerons dans le prochain article. A droite, la
pierre tombale de Mahaut de Fresnoy (1280) et de Marguerite de Minci (1309) cousine de l'abbesse Ade.
Je vous proposerai la prochaine fois la suite de la visite : St Pierre de 1600 à nos jours. Avant de m'éclipser et d'aller avec mon drapeau tibétain acccueillir la triste flamme
des Jeux Olympiques de l'Hypocrisie et des faux culs je vous envoie un cliché pris ce matin depuis mon toit et qui nous montre Montmartre sous la neige le 7
avril...